ELEARNINGLETTER
ACTUALITE & STRATEGIES LEARNING & SKILLS
Actualités Événements Offres d'emplois Communiqués Annuaire des Premium Contributeurs S'abonner à la Newsletter
Se former ou s'entraîner ?
25 mai 2026 Twitter X   LinkedIn
Depuis peu, l’IA conversationnelle ouvre la possibilité de situations d’entraînement proches du réel, capables d’évaluer comportements, décisions et interactions humaines. Ce premier volet d’une série consacrée à certains angles du riche rapport The Future of Learning Technology du Corporate Learning Network traite des simulations conversationnelles et du déplacement de l’objet même de la formation qu'elles sont en train d'opérer.

La fin du modèle centré contenu

Le marché du digital learning s’est construit sur une logique industrielle : produire des contenus, les diffuser à grande échelle, mesurer leur consommation. LMS, catalogues, microlearning, LXP ou adaptive learning reposaient finalement sur la même promesse : transmettre plus vite des connaissances standardisées. L’IA conversationnelle change cette donne : pour la première fois, les entreprises disposent d’outils capables, certes, de présenter une information, mais plus encore de simuler une interaction humaine dynamique : entretien managérial, objection client, négociation commerciale, entretien de recadrage ou gestion de conflit. Le récent rapport publié par le Corporate Learning Network insiste fortement sur cette évolution en donnant la parole aux meilleurs experts notamment sur la montée des simulations vocales et du roleplay conversationnel. Christopher Lind parle d’un basculement d’une logique de contenu vers une logique de résolution de problèmes, suivi en cela par Donald H. Taylor expliquant que la valeur du L&D ne réside plus dans la production de cours, mais dans sa capacité à aider les organisations à résoudre des problèmes opérationnels. Rupture avec une ère (loin d'avoir disparu) où les directions formation ont essentiellement produit des ressources. Or les entreprises n’achètent pas des contenus pour le plaisir de posséder des contenus ; elles cherchent des transformations observables du travail.

Le retour de la pratique

Les simulations IA réintroduisent précisément ce qui manquait : répétition, feedback et contextualisation. Illustrations : un commercial peut désormais répéter plusieurs fois une négociation complexe avec un client virtuel ; un manager s’entraîner à annoncer une décision difficile ; un conseiller tester différentes formulations face à un interlocuteur agressif. L’IA adapte ses réponses, introduit des objections, identifie des faiblesses et mesure des progrès. Le rapport évoque explicitement cette logique de “deliberate practice”, inspirée des travaux sur l’expertise et l’entraînement intensif. John Hack insiste lui aussi sur le “knowing-doing gap”, ce moment critique où l’on sait théoriquement quoi faire sans parvenir à l’exécuter correctement dans une situation réelle. Ce point est fondamental. Une compétence comportementale ne se construit pas principalement par exposition à un savoir théorique, mais dans l'action, l'ajustement, répétition et la correction progressive des erreurs. Dans le passé, ce type d’entraînement était difficile à industrialiser : lecoaching individuel coûtait cher, les jeux de rôle présentaient des limites d’échelle, etc. Les managers n’avaient ni le temps ni les outils pour entraîner massivement leurs équipes. L’IA conversationnelle change brutalement cette équation économique.

Learning et pilotage opérationnel

Cette évolution rapproche fortement le learning du pilotage opérationnel. On ne parlera bientôt presque plus de formation, pour se concentrer sur la préparation à des conversations critiques… Pour David James, qui pousse encore plus loin cette logique, le rôle du L&D n’est plus de produire du contenu supplémentaire, mais d’agir directement sur les problèmes de performance et les écarts de compétences observables. La nuance est essentielle, car le modèle classique du learning consistait à construire des programmes génériques destinés à des populations larges. Le modèle émergent consiste à préparer un collaborateur à une situation précise qu’il rencontrera (demain matin ?) avec un client, un salarié ou un partenaire. Cette transformation modifie aussi profondément la question de l’évaluation. Le digital learning traditionnel mesure surtout des activités : temps passé, taux de complétion, progression dans un parcours ou scores de quiz. Les simulations IA ouvrent la voie à une mesure beaucoup plus opérationnelle telle que la qualité d’un argumentaire, la gestion des objections ou la capacité d’écoute, ou la posture relationnelle et les progrès comportementaux dans le temps.

Le catalogue : RIP ?

Cette évolution explique aussi pourquoi le modèle historique du catalogue de formation commence à s’essouffler. Pendant longtemps, les plateformes learning ont organisé la formation autour d’une logique de consommation de contenus. L’apprenant devait identifier un besoin, rechercher un module puis consacrer du temps à suivre un parcours relativement générique. Josh Bersin considère d’ailleurs que les plateformes IA capables de construire des expériences contextualisées directement à partir des situations de travail finiront progressivement par remplacer une partie des bibliothèques de contenus et des LMS historiques. Les simulations conversationnelles déplacent le centre de gravité vers la situation de travail elle-même. L’utilisateur ne cherche plus un contenu ; il cherche une préparation immédiate à une situation qu’il doit gérer. Le learning cesse progressivement d’être un espace séparé du travail pour se rapprocher d’un outil d’assistance à la performance.

Vers une nouvelle génération de learning

Cette évolution pourrait finalement marquer la véritable entrée du digital learning dans une logique de transformation comportementale à grande échelle. Le numérique passe de la reproduction en ligne de modèles pédagogiques hérités de la formation présentielle (diffusion descendante, séquençage des contenus, validation théorique) à un environnement d’entraînement. L’IA conversationnelle déclenche un déplacement qui pourrait transformer en profondeur le rôle des directions formation elles-mêmes. Keith Keating parle d’ailleurs explicitement de “capability architecture” pour décrire ce nouveau rôle du learning dans les organisations. Leur valeur ne reposera plus principalement sur la capacité à produire des contenus, mais sur leur aptitude à concevoir des situations de développement reliées aux enjeux opérationnels. Moins d’ingénierie documentaire ; davantage d’ingénierie de la performance.

Source : The Future of Learning Technology, Corporate Learning Network.

Par la rédaction d'e-learning Letter

Dans la même thématique Technologies & IA
Formation vs. “shadow AI”

Se former ou s'entraîner ?

Digital Learning Fest : « Le LMS n’est pas mort, mais il change profondément de rôle »

Un humain derrière tout agent IA ?

IA et pédagogie ? L’apprentissage est la question

Formation étendue et Intelligence Artificielle : la reconquête stratégique

Masterclass IA : les responsables formation reprennent le contrôle

Open source : de la plateforme LMS à l’IA générative

Page précécente Retour à l'accueil Tous les articles
Inscription newsletter Contactez-nous Publiez une offre d'emploi Publiez une actualité Mentions légales Centre de préférences
www.e-learning-letter.com - © copyright e-learning Media 2026 - images fournies par Adobe Stock et Freepik - tous droits réservés - déclaration CNIL n°1717089 - email : informations@e-learning-letter.com - création : Fair Media ®